ETUDE : quand Macaire Etty revisite «Raison d’Etat» d’André Sylvère Konan
 quand Macaire Etty revisite «Raison d’Etat» d’André Sylvère Konan
| PHOTO: Facebook
Posté le Mar 30 Avr 2019     Source: correspondance particulière

Journaliste d’investigation. André Silver Konan s’est fait un nom dans la presse écrite. La plume est son arme. Le roman « Raison d’Etat » est son deuxième livre. Le titre évoque l’univers politique avec toutes ses implications. Comme pour se protéger contre l’éventuelle foudre des politiciens/gouvernants qu’il ne manquera pas d’anathématiser, l’auteur prévient le lecteur dans un « avertissement » que son œuvre est une fiction.

DE QUOI S’AGIT-IL DANS CETTE ŒUVRE ROMANESQUE ?

Assassiné par empoisonnement, Eric Moyé est ramené à la vie par l’auteur afin qu’il raconte lui-même les circonstances de son trépas. Scolarisé par son beau-père, Moyé connait un cursus scolaire des plus brillants. A 23 ans, il est déjà détenteur d’un DESS gestion des projets. Avec le soutien financier de son beau-père, il crée un cabinet de montages de projets. Progressivement, sa structure s’enracine et connait des succès. Un jour, Dame Koundessa, sœur cadette de la Première Dame du pays (selon les rumeurs), s’invite parmi ses souscripteurs avec un projet qui vaut des milliards. Éric Moyé, étourdi, se met à rêver. Malheureusement, sans s’en rendre compte, il vient de pactiser avec le diable. Dès cet instant, commence alors pour le jeune homme d’affaires une descente vertigineuse aux enfers avec comme point de chute le tombeau après un long et pénible séjour en prison.

TENTATIVE D’INTERPRETATION

Vous avez dit fiction ? Le lecteur averti ne se laisse pas distraire. Il touche… des yeux, aux détours de chaque ligne, des scènes déjà vues connues vécues. L’évocation de certains espaces bien connus comme Abidjan, MACA, Anyama etc. ne manquera pas de faire tressaillir le lecteur ivoirien. Mais il faut transcender la lecture impressionniste pour comprendre que le texte n’est qu’un prétexte. Il n’y a pas mieux que la fiction pour faire toucher du doigt les boursoufflures de la réalité. A chaque étape de l’itinéraire d’Éric Moyé - véritable chemin de croix - se perçoivent les tentacules d’un régime sangsue, cupide et friand de coups tordus. L’univers carcéral de la MACA où il séjourne, avec son cortège de trafic de drogues et d’influence, d’assassinat commandité et de racket n’est que le reflet d’un Etat moralement en décomposition avancée. Les personnages, déshumanisés, qui se côtoient dans ce monde hideux sont en réalité des victimes d’un régime sourd aux râles du bas peuple.

L’histoire pathétique d’Eric Moyé est une métaphore de l’histoire du peuple africain martyrisé et victime des tenants du pouvoir politique, qui, profitant de leur position de « demi-dieux », accumulent dérives dictatoriales, violations des droits humains et abus de pouvoir. Avec un réalisme impitoyable, le romancier « déshabille » la confrérie judiciaire, « douche » les princes et « mitraille » tous ces sbires aux ordres, spécialistes des tâches sombres. Ce roman se veut une féroce satire des régimes africains qui pour la plupart favorisent l’impunité d’une clique d’intouchables composée d’amis, de parents, et des bras séculiers. André Silver Konan par le biais de la fiction plaide, en réalité, pour un plus grand respect des droits humains. C’est une invite à plus d’humanité, de justice et d’égalité.

DE LA THEMATIQUE

La thématique du roman « Raison d’Etat », il faut le reconnaître sans démagogie, n’est pas nouvelle. Avant André Silver Konan, Assalé Tiémoko, un autre journaliste ivoirien, a, dans son livre-témoignage « Prisonnier en Côte d’Ivoire, J’ai Vécu L’Enfer », décortiqué avec une dose d’amertume, les thèmes de l’injustice, des conditions de vie désastreuses à la MACA, des dérives de l’appareil judiciaire…dont lui-même a été témoin et victime. Le roman « politique » est le champ de grosses plumes comme Henri Lopes (Le pleurer rire), Sony Labou Tansi (Une vie et demie), Diégou Bailly (Secret d’Etat) Thierno Monenembo (Crapauds brousse) etc.

UNE INTRIGUE AUDACIEUSE ET ORIGINALE

L’originalité d’André Silver Konan repose sur ce pouvoir qu’il s’est donné de ramener à la vie un mort et de lui offrir généreusement la possibilité de parler, de témoigner et de dire son martyre. On aurait pu penser à une simple fantaisie du créateur. Mais ce choix trouve son fondement dans cette croyance toute africaine, qui stipule que la parole d’un défunt est sacrée et mérite davantage de considération. En procédant de la sorte (faire parler un mort) peut-être que le dirigeant africain comprendrait finalement combien de fois il est comptable de la tragédie de son peuple. Si la parole des vivants a l’effet d’un coup de machette dans l’eau, celle des morts sûrement trouvera une oreille attentive.

LA LANGUE ET L’ECRITURE

Le « je » en jeu dans ce récit renvoie à Moyé. Narrateur auto diégétique c’est par sa « voix » que se raconte l’histoire du roman. Le narrateur use d’un niveau de langue médian et même relâché dans certains cas. Pourquoi de telles « chutes » ? L’histoire qui se déploie ici est une confidence, un témoignage du personnage-narrateur Moyé. L’auteur pour restituer l’atmosphère réaliste du discours met dans la bouche du narrateur des mots et des phrases familiers. Il ne s’agit donc pas de poétiser mais de faire passer un message. Tout porte à croire qu’il s’agit d’un choix. La narration ne manque pas de rappeler « L’Etranger » d’Albert Camus. L’incipit de « Raison d’Etat» d’ailleurs n’est pas loin de celui de « L’Etranger ». Camus débute son roman par : « Aujourd’hui Maman est morte ». André Silver Konan lui écrit : « Je suis décédé aujourd’hui ».

PS :
1.Ce texte est la version condensée d'une chronique mienne publiée par Le Nouveau Courrier en 2011
2. « Raison d’Etat » a valu à son auteur le Prix Kailcédra décerné le samedi 11 mai 2013 au Palais de la Culture.

 

 

 Commentaires

LIRE AUSSI...

SILA 2019 : 3 promoteurs du livre distingués

 3 promoteurs du livre distingués
Posté le Jeu 16 Mai 2019     AIP ...    

Plus de 200 000 visiteurs sont attendus à la 11ème édition du Salon international du livre (SILA) qui se tient de mercredi à dimanche au Palais de la culture de Treichville, a annoncé son commissaire général, Anges Félix N’Dakpri. S’exprimant... Lire la suite >

LETTRES D’AFRIQUE 2019 : Maurice Bandama donne les raisons de l’absence de la Côte d’Ivoire

 Maurice Bandama donne les raisons de l’absence de la Côte d’Ivoire
Posté le Ven 22 Mar 2019     Ministère ...    

Le Pavillon des Lettres d’Afrique, stand fédérateur des pays africains au Salon du livre de Paris, n’a pas ouvert ses portes cette année. Après les éditions de 2017 et 2018 qui ont connu de vifs succès et souligné son importance majeure... Lire la suite >

PUBLICATION : "Mon livre est pour l’amour et la paix chez les jeunes" (Diarra Mahoua)

Posté le Mar 19 Février 2019     abidjan.net ...    

La scène littéraire ivoirienne vient de s'enrichir d'une nouvelle figure. Mademoiselle Diarra Mahoua vient en effet de passer à l'acte, elle qui est depuis toujours une lectrice assidue. Elle publie aux Éditions Matrice une oeuvre pour jeunesse intitulée... Lire la suite >

SALON : les journaliste-écrivains bientôt à l’honneur

 les journaliste-écrivains bientôt à l’honneur
Posté le Ven 15 Février 2019     Fratmat.info ...    

L'Agence ivoirienne de presse (AIP) a abrité, hier, la cérémonie de lancement du salon international du journaliste écrivain qui aura lieu en novembre prochain. Officiellement lancée, mardi, au siège de l'agence ivoirienne de la presse (AIP) sise... Lire la suite >

DEDICACE : le Colonel Édouard Assamoua retrace l’histoire de l’orphelinat de Bingerville

 le Colonel Édouard Assamoua retrace l’histoire de l’orphelinat de Bingerville
Posté le Jeu 06 Déc 2018     abidjan.net ...    

Le livre «De la maison des métis aux orphelinats de bingerville et Grand-Bassam de 1903 à 2018» de l’auteur, le Colonel Édouard Assamoua a été dédicacé ce samedi 01 Décembre au sein de l’orphelinat de garçon de... Lire la suite >

PARUTION : un prêtre présente la poésie de ses confessions

 un prêtre présente la poésie de ses confessions
Posté le Sam 23 Juin 2018     AIP ...    

Les éditions Maïeutique procèdent, samedi, à Abidjan-Cocody, à la dédicace-spectacle de l'œuvre poétique, « Confidences d’un Prêtre : de roses et d’espérance » du père capucin Armel Fakeye. La... Lire la suite >

PRODUCTION : Serge Bilé, en écrivain du "Noir inconnu"

 Serge Bilé, en écrivain du
Posté le Mar 17 Avr 2018     AFP ...    

  Victimes noires des camps de la mort, ingénieur haïtien sur le Titanic, esclave-bourreau au Québec... Le Franco-Ivoirien Serge Bilé écrit sur les histoires oubliées des Noirs. Son dernier ouvrage, "Yasuké", porte sur un samouraï... Lire la suite >

PARUTION : le nouvel essai de Venance Konan sorti chez Michel Lafont

 le nouvel essai de Venance Konan sorti chez Michel Lafont
Posté le Dim 15 Avr 2018     abidjan.net ...    

Depuis le 8 mars, la dernière œuvre de l’auteur écrivain Venance Konan est parue chez Michel Lafont est France.L’œuvre de l’actuel directeur général du quotidien gouvernemental ivoirien, un essai, est très critique à l’égard... Lire la suite >

ENTRETIEN : Hamitraoré, l’écrivaine qui dit non à l’excision"

 Hamitraoré, l’écrivaine qui dit non à l’excision
Posté le Mar 06 Février 2018     AFP ...    

"Je reste optimiste pour une génération sans excision",confie à l’AFP à l’occasion de la journée mondiale contre l’excision mardi, l’écrivaine ivoirienne Hamitraoré, victime de cette mutilation dans son enfance et ... Lire la suite >

PRODUCTION : Djeynab Hane-Diallo présente "La gentille et la Méchante"

 Djeynab Hane-Diallo présente
Posté le Ven 08 Déc 2017     abidjan.net ...    

Le Ministre de l’industrie et des mines, Jean Claude Brou a présidé ce mardi 5 décembre, la cérémonie de dédicace du livre "La gentille et la Méchante" de l’auteur ivoirienne Djeynab Hane-Diallo. L’oeuvre d’une cinquantaine... Lire la suite >

HOMMAGE : Akwaba Culture fait un clin d’œil à Regina Yaou

 Akwaba Culture fait un clin d’œil à Regina Yaou
Posté le Lun 13 Nov 2017     abidjan.net ...    

L’Association Akwaba Culture a organisé le 09 novembre 2017 au lycée technique une cérémonie d’hommage à l’écrivaine Regina Yaou disparue quelques jours auparavant. Selon Madame Isabelle Kassi Fofana, initiatrice du prix Ivoire, c’est... Lire la suite >

CHRONIQUE : décryptage de «Pour le bonheur des miens» de Macaire Etty

 décryptage de «Pour le bonheur des miens» de Macaire Etty
Posté le Mar 31 Oct 2017     Correspondance particulière ...    

Macaire Etty est l’actuel président de l’association des écrivains de Côte d’Ivoire : (AECI). Il demeure un acteur très dévoué dans la promotion de la littérature. Macaire a une bibliographie de 5 livres. Son dernier roman intitulé... Lire la suite >

DEDICACE : Samuel Kouakou présente «Tout meurtri mais vainqueur»

 Samuel Kouakou présente «Tout meurtri mais vainqueur»
Posté le Lun 16 Oct 2017     abidjan.net ...    

La cérémonie de présentation officielle et de dédicace du livre, « Tout meurtri mais vainqueur », de Samuel Kouakou, édité et publié par l’Encre Bleue Abidjan 2017, s’est déroulée dans l’après-midi... Lire la suite >

PUBLICITE

PUBLICITE

C'DANS L'AIR

CARRIERE : Adrienne va ‘tuer’ au show de ses 30 ans !
Posté le Ven 22 Février 2019 | rue225 ..
INAUGURATION : le jour du jour de l’Espace MIFA
Posté le Ven 08 Février 2019 | rue225 ..
TACOS 225 : la bonne bouffe à portée de main
Posté le Mar 05 Février 2019 | rue225 ..
Plus d'Articles | Cliquez ici

Evasion

BIENFAISANCE : un diner-gala en faveur des enfants
Posté le Mar 05 Février 2019 | rue225 ..
CONCERT : Dobet croise le fer avec Manchester
Posté le Mar 16 Oct 2018 | rue225 ..
CONCERT : du drumming plein les oreilles cet après-midi
Posté le Sam 05 Mai 2018 | rue225 ..
FESTIVAL : le Djadjôh, c’est ce samedi matin
Posté le Sam 02 Déc 2017 | rue225 ..
Plus d'Articles | Cliquez ici
FLASH INFOS Culture