HOMMAGE : Simone Gbagbo, au nom du FPI, célèbre Bernard B. Dadié
 Simone Gbagbo, au nom du FPI, célèbre Bernard B. Dadié
Feu Bernard B. Dadié | PHOTO: archives
Posté le Jeu 04 Avr 2019     Source: Parti Politique

La cérémonie d’hommages à l’écrivain Bernard Binlin Dadia a commencé depuis le 1er avril passé. Par l’Hommage éclaté des partis politiques. A cette occasion, Mme Simone Ehivet Gbagbo, en sa double qualité de 2è Vice-Président du Front Populaire ivoirien et de SG du CNRD, a livré un message-hommage à l’homme de lettre, au combattant politique. Ce discours lu par le Pr Hubert OULAYE va forcément marquer les esprits pendant encore longtemps.

Mesdames et messieurs,

Au moment où la Côte d’Ivoire, dans toutes ses composantes politiques, culturelles et sociales, rend un hommage bien mérité à Bernard Blin Dadié, notre icône devenue un patrimoine humain national et continental, je prends la parole ce jour, au nom du Front Populaire Ivoirien et du CNRD, pour rendre témoignage de ce que nous avons appris de cet illustre disparu, en même temps, pour égrener ce qu’il nous a laissé comme héritage, aussi bien à nous ses contemporains qu’aux générations futures.

Bernard Dadié, sur le terrain politique a été d’abord et avant tout, et ce, pendant longtemps, militant du PDCI-RDA, parti dont son père Gabriel Dadié a été l’une des grandes figures. Mais même PDCI, cet homme était d’abord et est resté un anticolonialiste, un patriote invétéré. Il a donc été à une époque une personnalité politique PDCI-RDA, ministre de la Culture, de 1977 à 1986. Vers la fin de sa vie, l’homme émérite, - ce n’est un secret pour personne-, a rejoint nos rangs, sans être militant de notre parti, mais en prenant parti pour le Président Laurent Gbagbo, lorsque ce dernier a été lâchement et anachroniquement attaqué par les forces impérialistes et néocoloniales occidentales.

"Sacrilège" ! avait-on crié à Paris et dans certains milieux de gens se disant "bien-pensants". Le célèbre journaliste Diégou Bailly s’était aussi écrié : "Le vieux Dadié ! Il ose encore !". Mais le vieux ne s’en émut point. Car, il avait "l’âge de son siècle" pour ne pas dire, qu’il était de son temps. C’était plutôt pour lui, le témoignage éloquent de sa constance dans sa lutte pour les libertés et pour la justice, un combat toujours d’actualité sur notre continent africain et particulièrement en Côte d’Ivoire. C’est donc à raison, qu’au moment où il va regagner le jardin des immortels pour le repos éternel, que nous nous rassemblons pour le célébrer, célébrer sa mémoire. Célébrer cet illustre homme, c’est-à-dire le fêter, voire l’exalter, d’abord pour ce qu’il a eu la grâce de vivre plus de 100 ans au milieu de nous, mais aussi pour ce qu’il a été, ce qu’il a fait, et ce qu’il laisse comme héritage au Front Populaire Ivoirien, à la grande famille de la gauche et des progressistes ivoiriens et surtout à tous les Ivoiriens des générations actuelles et à venir qui se sont engagés dans la lutte pour la "nouvelle Côte d’Ivoire" et pour sa souveraineté. Oui, mille fois Oui, cet homme est digne de notre éloge.

Lorsqu’on parle de Bernard Dadié, en général, c’est pour le vénérer comme une figure emblématique du monde littéraire, car il fut, en vérité, "un grand homme de culture" : il fut journaliste, écrivain, militant, ministre, romancier et dramaturge. Parlant de lui, Pierre Soubias dit qu’il fut "un intellectuel humaniste, chantre de l’Afrique éternelle, homologue et émule de Senghor" dont les œuvres ont charmé et remué à la fois les esprits de plusieurs générations d’Africains. Qui ne se souvient en effet, des célèbres extraits de son roman autobiographique, Climbié, qui ont accompagné de nombreux écoliers en Afrique ? Qui n’a déclamé les célèbres poèmes "Je vous remercie mon Dieu de m’avoir créé noir " et "Le corbillard de la liberté" ? Mais nous, militants du Front populaire ivoirien qui avons eu la chance de le côtoyer et de partager intimement ses treize dernières années sur terre dans le cadre du Congrès national de la résistance pour la démocratie (CNRD), organisation politique dont il fut l’un des fondateurs et le seul Président jusqu’à sa mort, avons choisi de célébrer l’homme politique, qui a été un militant et un opposant aux régimes liberticides toute sa vie durant, une vie de lutte bien assumée et bien accomplie qui a fait de lui, un homme de toutes les générations, un homme qui, pour défendre les libertés individuelles et collectives et la justice, est demeuré étonnamment jeune aussi bien dans le physique que dans l’esprit.

C’est dans cette lutte qu’il a forgé son destin, lui qui voulait "ignorer son destin" car conscient des écueils et des inattendus désagréables, que la vie nous réserve bien souvent. Ne disait-il pas lui-même que : "L’histoire a parfois un parcours sinueux qui nous commande de nous garder de poser des actes dans la précipitation – même au nom du prestige national – afin d’éviter que demain, les enfants n’aient les dents agacés" ? (in « Seigneur Dieu, sauve-nous !», Fraternité-matin n°11569 du mardi 3 juin 2003, p. 21-22.). On comprend donc que les actes posés par Bernard Dadié, ses engagements politiques, ont été des actes et des engagements mûris, des actes et des engagements qui ne sont pas posés à la hâte, ni au gré du hasard. Ce qui importait chez lui, c’était de vénérer la vérité, rien que la vérité, et de haïr le mensonge, de soutenir le combat pour la promotion humaine, de combattre toutes les formes d’oppression. Sur ce tableau, il n’a jamais failli. Sa voix n’a jamais tremblé. Sa plume n’a jamais transpiré d’hésitation. Il a toujours été au rendez-vous de la défense des droits humains et de la liberté.

Même à quelques coudées de la célébration de son centenaire, on l’a vu, debout sur ses frêles pieds solides, le buste droit, marcher sans canne, la chemise bien fourrée collée au corps dans un pantalon taille haute pour prendre part au lancement de la pétition qu’il avait initiée avec le premier ministre Joseph Koko Koffigoh pour demander la libération du président Laurent Gbagbo. Près de 26 millions de personnes ont répondu à son appel. Bernard Dadié a vécu son temps à travers le temps et s’est adapté au temps qui court, ce temps qui, jusqu’à sa mort, n’a pas réussi à diminuer ni ses forces physiques ni ses forces intellectuelles de révolté permanent. Il a été, dans son parcours d’homme politique, depuis sa jeunesse jusqu’à sa mort, successivement, un activiste dans les milieux de gauche, un opposant à l’ordre colonial, un opposant au régime des nouveaux dirigeants des indépendances africaines, et un opposant farouche au projet de remise en cause de l’indépendance et de la souveraineté de notre pays, par le néocolonialisme français à travers une rébellion montée de toutes pièces depuis Paris.

Au cœur de la crise ivoirienne qui a débuté en septembre 2002, avec l’attaque des assaillants qui formeront aussitôt après le groupe de la rébellion, ils furent nombreux, les observateurs de la vie politique de notre pays, à être scandalisés par le choix conscient et courageux que fit Bernard Dadié en s’engageant aux côtés du Président Laurent Gbagbo qu’on qualifiait alors de "personnage controversé". A la vérité, ces observateurs-là, méconnaissent l’itinéraire de l’homme depuis sa jeunesse. Bernard B. Dadié, laisse de lui, l’image honorable d’un vrai militant, c’est-à-dire un personnage qui se bat activement, pour défendre une cause ou une idée. Et, nous apprendrons de ses biographes que c’est depuis l’âge de 20 ans, que cet homme qui "se rêvait acteur de l’histoire", se trouvera toujours dans l’engrenage des crises et des tensions que connaîtra son pays, la Côte d’Ivoire.
Alors qu’il était destiné à être "un auxiliaire du colonisateur", voire "un élément loyal et dévoué à la France" parce que pur produit de l’enseignement colonial selon Frédéric Lemaire, très tôt, il se révélera un actif militant, opposant à l’ordre colonial et à toute forme d’injustice.

C’est sous ces habits de militant et puis d’opposant qu’on le trouve d’abord à Dakar, où il sort de l’Ecole William Ponty en 1936, la tête et l’âme forgée à la culture de gauche tour à tour ou en même temps, au four de l’éducation familiale reçue de Gabriel Dadié son père, grand syndicaliste devant l’histoire, et par sa rencontre des œuvres des auteurs de gauche d’Europe, notamment Marx et Engels. A 29 ans, on le voit militer au Comité d’Etudes Franco-Africaines (C.E.F.A), une organisation mi-culturelle, mi-politique dans laquelle il fera ses premiers pas en politique. C’est que l’homme qui s’était déjà illustré pour ses écrits de théâtre et de nouvelles, se trouva choqué face aux crimes perpétrés par la France contre des s anciens combattants africains du camp Thiaroye (Sénégal), des tirailleurs rapatriés qui avaient pourtant donné de leur sang pour la sauver pendant la Deuxième Guerre mondiale. Dans le Comité d’Etudes Franco-Africaines, il occupa les fonctions de Secrétaire Général de la section dakaroise. Il s’agissait dans ce comité d’agir pour "transformer le monde, le rendre meilleur, plus juste pour l’Africain" (F. Lemaire). Puis, tout naturellement, après la formation du RDA, en 1946, il rejoint son père qui assurait le secrétariat à la propagande de ce mouvement.

Il devient le compagnon de son père dans l’action de propagandiste politique et depuis Dakar, où il se révèlera comme un journaliste à l’écriture ironique, percutante, tranchante et satirique, une écriture toute tournée à faire de l’agitation. Son activité politique se précisera lorsqu’il retourna au pays en 1947, à la demande de son père pour prendre part à la lutte pour le recouvrement de la dignité de l’homme noir et pour faire accepter au colon le respect de ses droits les plus élémentaires. Ainsi, entré au PDCI-RDA, fort de son expérience dans le journalisme qui fut, selon Nicole Vincileoni, sa première vocation, il poursuivra son combat politique en qualité de responsable de la presse dans le comité directeur de ce parti. Dans ses écrits, il flétrit le colon et dénonce aussi bien l’impérialisme que le colonialisme. Il se montre un contestateur ardent, et progressivement il devient un agitateur et un opposant à l’ordre colonial. C’est donc sans surprise qu’on le trouvera parmi les huit premiers militants du PDCI-RDA à être prisonniers politiques de l’ordre colonial incarcérés à Grand-Bassam entre 1949 et 1950. Bernard Dadié ne s’en plaignit pas, bien au contraire. Conscient que ses compagnons d’infortune et lui-même, par cette incarcération, bousculaient l’histoire, convaincus que le colonialisme s’essoufflait et perdait de son mordant, -car plus un régime devient violent pour se maintenir, plus sa chute est imminente-, il marquera dans un carnet, les faits quotidiens dont il sera témoin dans son univers carcéral non pas pour revendiquer un jour quoi que ce soit, comme le feront d’autres acteurs, mais pour donner des repères aux générations futures dans la construction de la nation ivoirienne.
Il était fier de se battre pour son pays, il était heureux de suer et de souffrir pour son pays. Très tôt, avec sa plume en guise d’arme, il s’est révélé comme un patriote et il demeurera patriote jusqu’à sa mort.

Il contraindra le colon et plus tard les hommes du pouvoir à le regarder comme un homme libre. Et pour lutter contre l’oppression de son peuple, Bernard Dadié se mettra du côté de celui-ci pour le défendre. Contre la France, pays des droits de l’homme et de la fraternité qu’il admire, mais qui dans les colonies organisait des brimades et toutes sortes de vexations, il se lèvera pour peindre et décrier tous les comportements qui à ses yeux étaient scandaleux. De ce point de vue, pour avoir choisi d’être du côté du peuple opprimé en lieu et place des conforts du colonialisme, il apparaît pour nous comme ce que Jean Ziegler qualifie "d’ancêtre de l’avenir". Ses écrits ont inspiré bien de combats contre l’aliénation et l’oppression de notre peuple. Ce combat, il le poursuivra même après la fin du colonialisme lorsque les nouveaux dirigeants de la Côte d’Ivoire indépendante, et ailleurs en Afrique, remplaceront les Blancs. En effet, il suspectera très tôt, ces derniers, particulièrement l’un de leur chef, Félix Houphouët-Boigny, lorsque celui-ci, sans l’avis de ses compagnons de lutte prononcera la fin de l’apparentement du PDCI-RDA au Parti communiste français. Mais le fait d’agir de manière solitaire pour engager le peuple dans telle ou telle voie l’amena, lui qui était foncièrement attaché aux libertés, à prendre quelques distances vis-à-vis de Houphouët et de certains des dirigeants du PDCI-RDA.

En 1948, au cours d’un discours prononcé au congrès interterritorial d’Abidjan, parlant des libertés qu’il considère comme fondamentales dans la vie d’un homme partout dans le monde, il disait : "Liberté de parole et d’expression dans le monde entier. Liberté pour chacun d’adorer Dieu comme il lui convient dans le monde entier. Liberté de vivre à l’abri du besoin dans le monde entier. Liberté de vivre sans crainte dans le monde entier. Parce que seules ces libertés-là, camarades, donnent du prix à l’existence humaine". A partir de 1957, avec la crise intervenue au sein du Pdci-Rda au sortir de son troisième congrès et les difficultés de gestion du pouvoir au début des indépendances avec "l’Affaire du Sanwi" ainsi que la série des complots qui balafrèrent la nation naissante, Bernard Dadié s’éloignera de la sphère politique pour se consacrer à ses écrits. Pour lui, les nouveaux dirigeants avaient trahi les masses. Le culte de la personnalité avait fait son apparition et avait balayé tous les espoirs. Sous sa plume, à travers romans, pièces de théâtre, articles de presse, et plus tard, préfaces d’ouvrages, il ne manquera de dénoncer cette trahison, d’indexer le parti unique né pour être au service, non du Peuple, mais d’un individu exclusivement, d’épingler les arrogances de la bourgeoisie compradore, les corruptions éhontées, les méchancetés des nouveaux riches, les égoïsmes et les détournements de deniers publics des pères fondateurs de la nation et leurs clans, les haines et les hypocrisies des gens qui s’adonnent à tous les mécanismes de bas étage pour s’accrocher au pouvoir. Concernant ces haines et ces hypocrisies, en parlant de Samba Diarra dans la préface à son livre LES FAUX COMPLOTS D’HOUPHOUET-BOIGNY, Bernard Dadié écrit : "Mon Dieu ! Un homme a osé, malgré les multiples mises en garde et chansons rituelles ! Attention, tu as des enfants, tu as des parents, songe à leur sécurité...Des poignées de mains sont souvent des coups de poing. Nous sommes en Afrique, les haines sont terribles ; on n’aime pas entendre la vérité dès qu’on se nourrit de mensonge et notre existence est faite de mensonge... Attention, notre pays, c’est le silence organisé et rentable... Hum ! ... Ah ! ... et patati et patata. Il a osé, dans le grand silence de nos jours...".

On cherchera donc à le faire taire. C’est ainsi. Lorsqu’un homme est semeur de vérité et porteur d’espérance, lorsqu’il dérange les pharisiens des temps modernes, les pouvoirs corrompus le font taire en utilisant plusieurs artifices. On le taxe de déréglé mental, de dépravé, de sexuellement malade, on l’emprisonne ou on le nomme à un poste juteux, et si cela ne suffit pas à l’assagir et à le faire changer, on l’assassine tout simplement. On a cherché à faire taire aussi Bernard Dadié. Ainsi, il va demeurer durant de longues années dans l’Administration des Archives nationales, puis, il est nommé ministre en charge des Affaires Culturelles, un ministère impécunier, afin de le réduire encore plus à l’inactivité et au silence. Mais on ne peut faire taire une voix dans le vent. Au 10e Congrès du Pdci-Rda, en 1996, sous le président Henri Konan Bédié, pour lui rappeler sans doute, qu’il fait toujours partie de la grande famille de ce parti et qu’il est comptable de ses tares et autres déviations antisociales, il fut invité à prononcer le discours de clôture "au nom des anciens, ceux qui portèrent le PDCI-RDA sur les fonts baptismaux en l’an 1944 de l’ère coloniale". D’un ton enjoué et railleur, il dit, à l’entame de ce discours, en regardant ses amis droit dans les yeux :

"Comprenez mon embarras : c’est la première fois au cours de nos nombreux congrès que je m’adresse à un Président de la République. Je n’en ai pas l’habitude, pardonnez-moi donc pour les impairs que je pourrais commettre. Sabio ! Sauf votre respect. Vous savez très bien que mes propos ne sont pas toujours agréables : on me l’a dit et fait comprendre ; mes écrits non plus ; ça, je le sais moi-même. C’est pourquoi je vais vous prier de m’écouter d’une oreille distraite pour qu’au bout de ces propos, il y ait votre indulgence, car, il ne sied pas à un Chef quel qu’il soit de tout écouter, de tout regarder, cela parfois coupe le sommeil, or un chef doit dormir. Il a le devoir et le droit absolu de vaincre l’insomnie". (Extrait de CAILLOUX BLANCS)

Et à ceux qui douteraient par hasard de son appartenance au PDCI il dira dans le même discours: "PDCI-RDA, je suis. Mais contre toutes les boursouflures portant atteinte à la dignité de l’homme. Dieu fasse que la Côte d’Ivoire dans cent ans ne se « peuple» pas de bastilles et de Notre-Dame de Trépassés". Malheureusement moins de quinze ans après ce discours, la Côte d’Ivoire allait vivre la tragédie que redoutait l’homme de lettres avec la prise du pouvoir par Alassane Ouattara. C’est là un trait de caractère de l’homme que nous célébrons aujourd’hui. Incorruptible jusqu’au bout. Intransigeant sur les valeurs sociales jusqu’au bout. Chez lui, les mots Insurgé, Combat, Résistance, Libération, Cri du peuple qui ont été des titres de journaux en France, ont eu une résonnance forte comme une détonation jusqu’au bout. Cela parce qu’il ne veut pas mourir lâche, parce qu’il refuse de mourir en ayant vécu "cadeau". Aujourd’hui, faisant le bilan de sa vie combattante, on peut le dire : Dadié n’est pas mort "cadeau". Il est mort comme un héros national, reconnu de tous, un goziagnon comme disent les Bété 

Bien qu’âgé, au moment où la Côte d’Ivoire subissait les assauts de la France néocolonialiste, alors qu’il était déçu depuis longtemps de la politique, il ressurgit, avec de nouveaux accents, avec une nouvelle force juvénile, aux côtés du président Laurent Gbagbo. Sa plume critique ouvertement l’agression de la France de Chirac et plus tard celle de Sarkozy, elle s’oppose à la partition de notre pays, dénonce les incantations de Marcoussis, devenue la ville-siège du partage de son pays comme "butin" entre chefs de guerre, chante à nouveau l’hymne de la liberté et de la souveraineté des peuples pour galvaniser les jeunes patriotes qui dans les rues mouillaient le maillot pour rejeter toute forme de tutelle de la France. En 2006, il contribua à l’organisation de la résistance à travers le CNRD pour soutenir la candidature de Laurent Gbagbo, l’homme qu’il aura identifié comme le continuateur de sa lutte, et celle des grands leaders qui ont marqué l’histoire du long chemin de libération des peuples africains. C’est donc à juste titre qu’il remettra à l’hôtel Ivoire, dans un geste historique et de haute portée symbolique, le flambeau de la lutte au président Laurent Gbagbo, comme pour lui passer le témoin. Mais, pris comme tous ses compatriotes dans l’étau des contradictions de la France, cette France aux deux visages, à la fois pays de la Liberté et de la Fraternité mais aussi pays de la colonisation des terres et des esprits, comme il le dit lui-même, sous la poussée des jeunes qui veulent rompre avec ce pays, tout en comprenant leur bouillonnante déception face aux obus et aux bombes qui ont éclaté sur la souveraineté de leur pays, il interpela ses amis de France avant de suivre le mouvement par ces mots d’un homme écartelé entre son amour pour Paris et l’amour pour son peuple : "Rupture ? Mais rupture sans «fracture». C’était ce que nous avons toujours souhaité. Au long des siècles, l’histoire a tissé, entre Paris et nous, des liens cruels souvent, mais aussi d’amitié et d’affection. Ces liens, nous voulons les préserver quand ils sont des liens de respect, fondés en égale dignité. Ce que nous refusons, c’est notre sujétion, c’est notre infériorisation en tant que Continent, pays, peuples, individus...que puisse se renouveler la tragédie que nous venons de subir. Et ce que nous ne cesserons jamais de clamer et ferons triompher un jour, c’est notre droit imprescriptible de forger notre destin dans le concert harmonieux des nations et des peuples". (Extrait de sa Préface à COTE D’IVOIRE. L’AUDACE DE LA RUPTURE de Justin Koné Katinan). Comme nous le voyons, l’homme est resté égal à lui-même jusqu’à la fin. Constant et imperturbable. C’est pourquoi nous l’admirons. C’est pourquoi nous le célébrons. C’est pourquoi nous le vénérons.

Bernard Dadié était certes, au PDCI-RDA. Mais son cœur était à gauche. Il était de gauche et il est resté à gauche. Il a partagé nos valeurs et principes de gauche. Il était un des nôtres. Il nous a laissé un immense héritage, celui de l’ensemble de ses productions intellectuelles qui seront pour nous à la fois repère et boussole dans notre lutte pour le changement social dans notre pays et pour la souveraineté des Etats africains. Pourrons-nous assumer et faire fructifier cet héritage ? Les temps à venir nous le diront.

Mais ici, et pour ma part, cher Président Dadié, je puis t’assurer avec le CNRD et le FPI, unis avec toi dans le même combat pour la liberté et la justice dans le monde et en particulier en Côte d’Ivoire, devant ta famille, à qui nous renouvelons nos condoléances les plus attristées et notre compassion, que nous avons pris l’engagement solennel de poursuivre le noble combat auquel tu as consacré ta vie entière. Repose en paix dans cette terre de Côte d’Ivoire que tu as tant aimée.

 

Simone EHIVET GBAGBO

Deuxième vice-présidente du Fpi

Secrétaire Générale du CNRD

 

 

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